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Pourquoi la SVOD va marquer la fin des séries classiques à la TV ?

Nouvelle série "The Boys" sur Amazon Prime Video
Nouvelle série "The Boys" sur Amazon Prime Video

Il n’aura échappé à personne que la consommation de séries a complètement changé depuis l’arrivée de Netflix en France. Le modèle est passé d’une consommation passive et subie à la TV à une consommation active, choisie sur la plateforme de SVOD.

C’est une véritable révolution puisque, dorénavant, les séries se découvrent comme ont peut lire un bon livre ou une saga. Comme pour un livre, nous choisissons la série dans une bibliothèque, nous en commençons la lecture, que nous pouvons interrompre à tout moment et reprendre quand nous le souhaitons. Déguster notre série, un chapitre par soirée ou bien la dévorer d’une traite.

De surcroit, les plateformes SVOD introduisent un nouveau modèle économique bien plus favorable – a priori – à la créativité. Fonctionnant par abonnement, elles donnent leur feu vert à une série sur un projet couvrant une première saison complète, sans être tributaire des audiences.

Ainsi, les auteurs peuvent – sur un nombre plus ramassé d’épisodes (généralement 8 ou 10) – aller au bout de leur histoire. Les séries n’ont plus à trainer en longueur sur 22 à 24 épisodes par saison comme nous en avions l’habitude avec les grands networks américains. De plus, l’intrigue de chaque saison est bien plus cohérente puisque l’ensemble des épisodes est tournée dans la foulée avant diffusion (fini les changements d’orientation en court de saison en fonction du retour du public).

Pour illustrer mon propos, citons Mike Kelley (The O.C., Providence)qui fut le showrunner de la série Revenge sur ABC et qui décida de quitter le navire au terme de la seconde saison alors que le network voulait lui imposer de continuer sur un format de 24 épisodes par saison. Il considérait, à juste titre, que la densité de l’histoire et la cohérence du récit en souffrirait et il ne fut pas démenti par les faits.

Jane Levy dans "Suburgatory"
Jane Levy dans « Suburgatory »

Depuis, Mike Kelley (comme beaucoup d’autres) a signé chez Netflix où il vient de sortir la série « What If avec Renée Zellweger et Jane Levy (souvenez-vous l’ado de la série Suburgatory, excellente dans What If !) que je vous conseille grandement de découvrir.

Je pourrai multiplier les exemple.

Autre intérêt de séries produites par les plateformes de SVOD, celles-ci considèrent chaque saison comme un unitaire. Je m’explique. Pour Netflix, par exemple, une série peut justifier de n’avoir qu’une seule saison. Ce n’est pas un problème. Alors que les networks américains auront tendance à capitaliser sur la popularité de leurs séries quitte à presser le citron un maximum afin de tirer d’une série suffisamment de saisons pour leur permettre de la syndiquer. C’est à dire, leur permettre d’en revendre les droits pour être rediffusées sur les chaines de TV mineurs au US, ce qui n’est autorisé QUE si la série comporte plus de 100 épisodes.

Brit Robertson dans "Girlboss"
Brit Robertson dans « Girlboss »

A l’inverse, une plateforme comme Netflix n’a pas de sujet de syndication. La série est et restera une exclusivité de son catalogue. Ainsi, Netflix a mis en ligne le 21 avril 2017 la série Girlboss qui était basé sur la véritable histoire de Sophia Marlowe (interprétée par l’excellente Brit Robertson) qui, partant de rien, avait fondé le site à succès NastyGal. Durant la première saison, nous avons suivi son ascension jusqu’à son succès. Dès lors, aucune saison 2 ne se justifiant et Netflix n’en a pas commandé.

Enfin, beaucoup moins tributaires des audiences et disposant d’énormes moyens conférés par le modèle sur abonnement, les plateformes SVOD peuvent produire des séries originales, sortant des sentiers battus et d’excellentes qualités. Des séries qui sont de véritables films découpés en épisodes. Comme la première saison de Stranger Things par exemple.

Les plateformes de SVOD présentent donc de nombreux avantages quant à notre consommation de séries. Revers de la médaille, ces plateformes peuvent présenter un défaut majeur, un écueil dans lequel il ne faudrait pas qu’elles tombent.

En effet, à peine avez-vous terminé une série sur Netflix que la plateforme vous propose de découvrir d’autres séries qui « devraient » vous plaire. Nous plaire en se basant sur quoi ? En se basant sur notre consommation passée et donc sur les types de séries que l’on aime. En quoi est-ce un problème me direz-vous ?

Et bien, comme pour les réseaux sociaux où l’on finit par n’échanger qu’avec des « amis » pensant comme nous, on finit par regardées des séries toutes basées sur le même modèle, nous confortant dans notre zone de confort sans nous inciter à découvrir une série disruptive par rapport à notre consommation courante.

Plus largement, fortes de leurs statistiques de visionnages, les plateformes pourraient être tentées de reproduire à l’infini des séries répondant aux mêmes recettes, ne laissant que peu de place à des séries innovantes.

Personnellement, je constate ce phénomène depuis quelques mois sur Netflix qui multiplie les séries conventionnelles dans l’espace, avec des super-héros, des enfants aux pouvoirs sur-humains etc. Toutes produites sur le même moule. Cette connaissance pointue de notre consommation de séries et de nos goûts ne doit pas empêcher les plateformes de SVOD d’être audacieuses dans leurs choix créatifs, d’autant qu’elles en ont particulièrement les moyens.

Netflix l’a eu fait en sortant Stranger Things et ça a payé !

De ce point de vue, je trouve aujourd’hui qu’une plateforme comme Amazon Prime Video se distingue tout particulièrement par des choix créatifs osés, sortant des sentiers battus avec de belles surprises à la clef comme The Man in The High Castle (choix très osée de raconter une histoire parallèle où l’Allemagne Nazi aurait gagné la seconde guerre mondiale) ou, tout à fait récemment, l’excellent série The Boys qui dépoussière à la sauce Tarantino le mythe des super-Héros.

Nouvelle série "The Boys" sur Amazon Prime Video
Nouvelle série « The Boys » sur Amazon Prime Video

Enfin, avec l’avènement de la SVOD pour les séries, la mécanique du piratage industriel des séries est en train de s’enrayer. Bien sûr, les plus geeks d’entre nous continueront de se tourner vers des plateformes illégales, mais la majorité des consommateurs de séries apprécieront le confort d’un abonnement mensuel (à prix modéré) afin de disposer à tout moment et en bonne qualité de leurs séries préférées.

Vous l’aurez compris, comme le streaming s’est avéré être l’avenir de la consommation de musique, la SVOD sera l’avenir des séries et les bonnes séries se retrouveront de plus en plus être des productions de ces plateformes.

Évidemment, ce marché écrasé jusqu’à présent par Netflix n’est pas mature. Amazon Prime Video titille déjà la surpuissance Netflix et d’autres acteurs majeurs vont arriver à l’automne dont Disney (qui possède ABC et MARVEL)  avec sa plateforme Disney + et Apple avec sa plateforme Apple +. HBO prépare aussi la sienne.

Le paysage va donc profondément se recomposer. Chacun va retirer ses propres productions de Netflix (fin les séries Marvel sur Netflix ?) afin de les proposer sur sa propre plateforme.

Netflix l’a bien compris et contrattaque déjà. Certes, elle va perdre des séries emblématiques mais une série, c’est périssable. Elle a donc décidé, à coup de millions de dollars, d’assécher les forces créatrices de ses concurrents en s’achetant les services exclusifs des grands noms du marché, pour ne citer qu’eux Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy, Murder,..) et plus récemment David Benioff & D.B. Weiss (Game of Thrones) qui officieront dorénavant pour produire des contenus originaux pour Netflix.

Bref, la bataille va être rude et il y aura des morts ! Car, il est impossible de concevoir à long terme que le public paye environ 11 euros / mois pour chacune de ces plateformes. Le marché va se segmenter, certaines devront se spécialiser sur un publique cible, d’autres devront faire des mariages de raison.

Au final, il ne devrait pas en rester plus de trois sur le marché, ce qui ferait – pour un accroc aux séries comme moi, plus de 30 euros d’abonnement par mois. Malgré mon addiction aux séries, je conçois mal de payer plus cher par mois.

Sérieland va dorénavant se consacrer dorénavant aux séries disponibles sur les plateformes, laissant de coté les productions en court sur les networks americains. En effet, je ne regarde plus du tout la TV et me refuse à pirater donc, je continuerai à vous conseiller des séries qui seront disponibles sur les différentes plateformes actuelles et à venir. Ce sera aussi l’occasion de partager avec vous mon avis sur les nouvelles plateformes, et vous donner quelques infos. Cela ne m’enpèchera pas, pour autant, de revenir sur des séries historiques qui ont fait les beaux jours de la TV avec de nouvelles rubriques « vintage », je vous en reparlerai.

Et pour vous, partagez)vous mon analyse de l’évolution de notre consommation de séries TV ? N’hésitez-pas à laisser votre commentaire.

 

 

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2 Comments

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  1. Bonjour,
    Cette analyse est juste mais je pense qu’elle s’applique un peu moins depuis 6 mois. Les séries, en particulier celles de Netflix, tendent à de nouveau chercher une audience plus traditionnelle et la prise de risque est moins grande. La saison de casa de papel faite sous la direction de Netflix est un pâle remake de celle originale, pleine de « trucs » pour accrocher un public passif et reproduire les mêmes enjeux. Sans impertinence. Stranger things s’adresse plus aux ados dans sa nouvelle saison. 13 reasons why ne sait plus où aller. on a l’impression que Netflix commence à jouer les networks d’il y a 15 ans, alors que ceux-ci, ainsi que Showtime et HBO prennent parfois plus de risques. Il faudra voir quelle influence auront les nouveaux entrants sur la politique de Netflix (Apple, Disney, etc) et voir si des séries innovantes vont à nouveau voir le jour. En plus certaines séries sont souvent faites pour une saison et continuent trop longtemps. Voir sneaky pete ou Ozark

    • Très bonnes remarques, qui rejoignent mon analyse. C’est mon avis concernant Netflix, à force de vouloir coller à son audience, elle en perd son audace. Je pense que les services de SVOD les plus audacieux seront sans doute ceux qui tireront le mieux leur épingle du jeu. Comme ce fut le cas de Showtime à l’époque de Nurse Jackie et de Dexter (premières saisons), de HBO aujourd’hui. La prise de risque sur des séries peut vouloir dire essuyer des échecs mais quand une série audacieuse décolle, le retour sur investissement en terme d’image, de réputation et d’audience pour le service de SVOD qui la propose est remarquable. C’est ce que connait le challenger de Netflix, Amazon Prime Video en ce moment avec la sortie de The Boys qui crève tous les plafonds ! Meilleure audience 2019 pour Amazon Prime Video. La série créé un énorme buzz cet été, extrèmement profitable pour Amazon.
      A l’inverse, je suis d’accord avec vous, Netflix commence a vouloir rester dans sa zone de confort en tant que leader du marché et elle va commencer à décevoir (séries qui trainent en longueur comme 13 Reasons Why effectivement, ou encore des séries « pas assez grand public » comme Santa Clarita Diet qui passent à la trappe…).
      En même temps, ce basculement peut nous être bénéfique en tant que téléspectateur puisque créant une émulation créatrice salutaire chez les concurrents de Netflix.

Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à donner votre avis en laissant un commentaire

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